Poser la question en termes de sécurité est un tropisme de l’époque. Lequel tue tout débat au nid. Car la peur avale toute distance, toute pensée qui voudrait en oiseau s’envoler. Est-ce devenu si obscène de parler de liberté? De pointer nos soumissions? De suggérer que le cocon de paresse dans lequel le Capital fait ses œufs est à déchirer au courage et à la main? Et si vous soulez vraiment invoquer la sécurité, autant le faire dans l’hybris…
La maison devient notre empire. Le commerce vient à nous. Le cinéma, les concerts, les livres, les services et les rencontres aussi. Homeless signifie à présent la pire des situations ontologiques possibles : sans-maison. Condamné au réel de la rue.
Les prix de l’immobilier flambent partout depuis le choc du covid. Comme si d’instinct, les citoyennes comprenaient que dorénavant, tout se qui est important se déroulera dans son petit chez-soi, et que ce chez-soi a intérêt à s’avérer agréable. On travaille déjà largement dans la maison, nous y socialiserons désormais par métavers interposé. A distance réseaunable.
« Le nombre de gens ici qui pensent seuls, qui chantent seuls, qui mangent et qui parlent seuls dans les rues est effarant. Pourtant ils ne s’additionnent pas. Au contraire, il se soustraient les uns les autres, et leur ressemblance est incertaine », disait déjà Baudrillard en 1968. C’est terriblement ça: tous vissés à la même détresse mais d’une façon si férocement solitaire et incompatible que ça ne forme aucun groupe, n’offre aucun situation de partage. Chacun affronte la totalité de la misère à lui tout seul. Certains parlent, certains crient, sauf qu’il y a autour d’eux une telle épaisseur de vide que la ville entière si dissout.

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